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Les produits dits « dépolluants » : quelle efficacité sur la pollution intérieure ?

publié le 10/10/2018

L’environnement intérieur est un univers dynamique qui offre une grande diversité de situations d’exposition à de nombreux contaminants physiques, chimiques et microbiologiques, en provenance de l’extérieur et d’origine interne, liée au bâtiment et aux occupants. Ces dernières années sont apparus sur le marché des équipements revendiquant des propriétés d’épuration de l’air intérieur sous forme d’appareils autonomes, ou encore des matériaux de construction ou des produits de décoration mettant en avant des propriétés dépolluantes, destinées au piégeage ou à la destruction de contaminants chimiques et microbiologiques de l’air intérieur.

Les matériaux ou produits dits « dépolluants » ciblent principalement le formaldéhyde, une substance chimique volatile certes largement répandue dans nos environnements intérieurs et connue pour ses effets toxiques et cancérigènes, mais qui ne représente pas la pollution intérieure à elle seule : d’autres composés organiques volatils ou semi-volatils notamment sont également présents en plus grande quantité et avec une très large diversité d’espèces chimiques. Il n’est pas légitime d’écrire que « les peintures dépolluantes éliminent la quasi-totalité de certains polluants de l’air ambiant » alors qu’elles ne captent et ne neutralisent par leurs sites actifs que le formaldéhyde.

Dans son expertise de septembre 2017, l’Anses souligne qu’il existe peu de données sur l’efficacité et l’innocuité en conditions réelles d’utilisation des dispositifs d’épuration de l’air intérieur. En effet, que veut dire « une gamme de peinture capable d’éliminer jusqu’à 84 % de formaldéhyde ». Dans
quelles conditions, en présence de quelle concentration et au bout de combien de temps, ces résultats ont-ils été obtenus ? Comment peut-on annoncer que « le principe actif a une durée de vie d’environ 10 ans », sans tenir compte des émissions plus ou moins fortes de formaldéhyde au cours du temps, et prédire une « mise à l’abri de toute pollution pour une longue période ».

L’Anses rappelle par ailleurs que pour réduire l’exposition aux polluants de l’air intérieur, il convient en priorité de limiter les émissions à la source, d’aérer et de ventiler les espaces intérieurs des bâtiments. Ces conseils sont destinés à l’ensemble de la population mais aussi et surtout aux sujets sensibles, comme par exemple des personnes asthmatiques ou allergiques. Pour ces personnes
vulnérables, il faut être très exigeant sur les méthodologies des essais et sur l’interprétation des résultats obtenus avec les dispositifs d’épuration d’air et être attentif aux messages d’un « habitat plus sain et confortable » qui pourraient les mener sur une fausse route de prévention santé.

Fabien Squinazi
Président du collège d’experts